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Vesna Parun, La pluie maudite

Vesna Parun est un des poètes les plus con­nus d’ex-Yougoslavie. Elle est née en 1927 dans une petite île dal­mate, près de Šibenik : une insu­lar­ité qui l’a pro­fondé­ment mar­quée comme en témoignent ses pein­tures — coquil­lages, pois­sons, mousses, algues coraux…
Nous avions décou­vert la poésie de Vesna Parun il y a de cela cinq ans main­tenant et elle nous tenait telle­ment à coeur que nous voulions faire une soirée dédiée à ce livre pub­lié chez Obsid­i­ane : La pluie mau­dite. Et puis les cir­con­stances ont fait que nous n’avons pu faire cette soirée mais nous restions amoureux de cette poésie mélan­col­ique et vive. Aussi nous pro­poserons une lec­ture et une dis­cus­sion autour des textes de ce recueil le dimanche 04 Juil­let à 11h.

 

 

 

« Ephèbe endormi

Sur la plage où l’ombre de la baie s’allonge
Il est couché tel une vigne en son clos,
Soli­taire et tourné du côté des vagues.
Son vis­age est empreint d’une grâce grave,
Le vent de midi Ă  ses traits de caresse,
Il est plus beau que branche de grenadier
Gorgée de pépiements d’oiseaux, et sa taille
Plus sou­ple que l’ondulation d’un lézard.
 

J’écoute la rumeur basse de la mer
Qui sur­git de la vague et se réper­cute,
Masquée par un agave antique, j’épie
Sa gorge qui se change en une mou­ette
Pour s’envoler avec un gémisse­ment
Vers l’or des nuages. Et de l’airain du ven­tre
Somptueux s’érige som­bre­ment le roc
En fleur qui porte un cortège de princesses
Fasci­nantes, de fées sur­gies des légen­des.
Grise est la mer, le sable crisse.
Des ombres blondes s’étendent sur la vigne;
Dans le loin­tain des colonnes de ciel sail­lent.
L’orage main­tenant vient bat­tre la plage.

 
Et moi je tête l’odeur d’été qui croît
Et je bois le vin des plantes dénudées
Et j’emplis mon regard de ces mains qui luisent,
De ces flancs bril­lants et polis d’une écume
Ou se déplace l’huile des oliviers,
Moi, mes yeux apaisés reposant sur lui
Enveloppé par la vague, qui som­meille
Dans ce ton­nerre lent et vieux comme agave,
Moi livrée au vol mul­ti­ple des désirs,
Je me demande com­bien d’ailes ouvertes
Pal­pi­tent dans les creux bleutés et les monts
De ce corps si calme qu’il s’en va trou­bler
L’herbe soli­taire et la mer en son verbe. »

 

 

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