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Milosz, Dans un pays d’enfance…

« Dans un pays d’enfance retrou­vée en larmes,
Dans une ville de bat­te­ments de cœur morts,
(De bat­te­ments d’essor tout un berceur vacarme,
De bat­te­ments d’ailes des oiseaux de la mort,
De clapo­tis d’ailes noires sur l’eau de mort).
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l’amour brû­lent encore
D’un doux feu de minéral roux, d’un triste charme ;
Dans un pays d’enfance retrou­vée en larmes…
 – Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Pourquoi m’as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et com­ment m’avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupi­rantes paupières,
Lierre de nuit d’été sur la lune des pier­res ;
Et pourquoi et com­ment, n’ayant jamais connu
mon vis­age, ni mon deuil, ni la mis­ère
Des jours, m’as-tu si soudaine­ment reconnu
Tiède, musi­cale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?

 – Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Quels mots, quelles musiques ter­ri­ble­ment vieilles
Fris­son­nent en moi de ta présence irréelle,
Som­bre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le som­meil ?
Sous quels feuil­lages de soli­tude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d’enfant malade vous retrou­ver, ô belle,
O chaste, ô musique enten­due dans le sommeil ?

 – Mais le jour pleut sur le vide de tout.. »

 

 

 

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