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Pierre Duys, Parfois au bout des routes

Par­fois au bout des routes / Pierre Duys / Ed les car­nets du dessert de lune / 2 – 930235-66 – 7

Un indien dans la ville ou une façon de con­vo­quer notre Bukowsky oublié. Dans une langue sim­ple, comme jetée sur le pavé, l’auteur nous invite aux méan­dres de ses éructations :

« Alors, pour le reste, courir au cul du présent qui brode ses turges­cences, je m’en branle comme un rorqual d’un phoque égaré, peinard, avec appli­ca­tion. Et encore là, j’y pense pas. D’ailleurs, c’est sim­ple, je ne pense pas je laisse couler. »

Dans des paroles lancées sou­vent vio­lem­ment au vis­age de la bien­séance, l’homme qui écrit nous malmène dans le lit de son dés­espoir. Jour­nal en forme de par­cours erra­tique, son auteur, homme brûlé, passé par tous les naufrages, garde la « gueule » ouverte encore :

« J’ai brûlé mes tiroirs. Les idées se sont retrou­vées toutes vives toutes libres. Elles ont fondu.
Elles per­forent tout. »

Coincé entre sa vacuité et celle des autres, il s’arrache par l’écriture à la gangue de ses addic­tions : alcools, drogues, sexe. Tout d’abord réti­cent à lire ce que je pen­sais être un énième ersatz de la « beat gen­er­a­tion », j’ai par­couru allè­gre­ment cet ouvrage, j’ai appré­cié l’énergie vitale de ces voca­bles hir­sutes, le dénue­ment railleur, grinçant sou­vent, de cette voix d’outre-nuit.

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