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René Char, Marthe

« Marthe que ces vieux murs ne peu­vent pas s’approprier, fontaine où se mire ma monar­chie soli­taire, com­ment pourrais-je vous oublier puisque je n’ai pas à me sou­venir de vous: vous êtes le présent qui s’accumule. Nous nous unirons sans avoir à nous abor­der, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une ané­mone géante.

Je n’entrerai pas dans votre cœur pour lim­iter sa mémoire. Je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’entrouvrir sur le bleu de l’air et la soif de par­tir. Je veux être pour vous la lib­erté et le vent de la vie qui passe le seuil de tou­jours avant que la nuit ne devi­enne introuvable.»

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