Siloe / Paul Gadenne/ Ed du Seuil / 1983 / 2 – 02-006375 – 1
Bien qu’échaudĂ© par quelques extraits plutĂ´t dĂ©ceÂvants de son jourÂnal, je me suis nĂ©anÂmoins dĂ©cidĂ© Ă aborÂder l’œuvre romanesque de Paul Gadenne. « Siloe » est le roman d’une quĂŞte, d’une quĂŞte de soi, d’une quĂŞte de libÂertĂ©. Simon, jeune intelÂlectuel renÂfermĂ©, dĂ©couÂvre le senÂtiÂment amoureux, et devient, au fur et Ă mesure des renÂconÂtres iniÂtiÂaÂtiques, un homme pasÂsionnĂ© : « …Elle traÂverÂsait la prairie de biais, de sa dĂ©marche lente, les cheveux pris dans le soleil – et Simon rĂŞvait que la terre n’était plus qu’une immense prairie du fond de laqueÂlle s’avançait une jeune fille…A prĂ©sent une sorte de figÂure mythique s’élaborait sous ses yeux…Simon n’avait plus mĂŞme conÂscience de servir d’asile Ă cette figÂure ; il Ă©tait seuleÂment perÂmĂ©able aux radiÂaÂtions qui Ă©manÂaient d’elle. Celles-ci Ă©taient sans cruÂautĂ©. Elles preÂnaient les minÂutes et les faiÂsaient couler insenÂsiÂbleÂment. Elles comblaient une espèce de vide qui, sans elles, n’eĂ»t peut-ĂŞtre pas existĂ©, mais tout Ă coup deveÂnait posÂsiÂble. » (182 p.). Mais rien n’est simÂple… et ce hĂ©ros malÂadroit, parÂfois un peu ridicule par son sĂ©rieux, bataille avec ses figÂures tutĂ©laires : l’Artiste, l’Intellectuel, l’Ami, le Juda…et trĂ©buche rĂ©gulièreÂment sur ses relaÂtions fĂ©minines. La trouÂblante et joyeuse MinÂnie provoque chez lui un doute insiÂdieux par son dĂ©sir graÂtuit et lĂ©ger. ParÂalÂlèleÂment, l’irradiante pasÂsion qu’il Ă©prouve pour AriÂane n’est pas sans rapÂpeler, dans notre imagÂiÂnaire europĂ©en, celle qu’Agathe Ă©prouve pour « l’homme sans qualÂitĂ© », Ulrich, d’ailleurs tout comme sa rĂ©fĂ©rence musiliÂenne, cette pasÂsion est frapÂpĂ©e du sceau de la fragilitĂ© extrĂŞme. C’est, sans doute, cette ambiguĂŻtĂ© de senÂtiÂments qui donne de la proÂfondeur Ă ce perÂsonÂnage de Simon. Le jeune homme n’est pas Ă©pargnĂ© par le ridicule des gens sĂ©rieux mais l’auteur nous embarÂque dans ses affres avec adresse et style. Il faudrait Ă©galeÂment Ă©voquer l’importance du paysage dans la narÂraÂtion de Gadenne, perÂsonÂnages Ă part entière, les arbres, la monÂtagne, la lumière sont les vecteurs mĂ©diÂans du senÂtiÂment des uns et des autres. Ils crĂ©ent un lieu vivant oĂą les humains, la sociĂ©tĂ© du disÂpenÂsaire, qui se cĂ´toient sans rĂ©elleÂment se conÂnaĂ®tre dans une sorte d’éther un peu glacĂ©, peuÂvent finaleÂment se rencontrer.Ce roman m’a aussi enchantĂ© par l’importance qu’il donne Ă la durĂ©e, temps mĂŞlĂ©s de l’intĂ©rioritĂ© et de l’extĂ©rioritĂ©, l’auteur dĂ©crit très fineÂment le procesÂsus de vie des senÂtiÂments dans une sorte de trame irrĂ©gulière oĂą s’exaspère parÂfois le parÂtiÂcÂulier qui se pulÂvĂ©rise alors dans le paysage. LecÂture bienÂfaisante nourÂrie par la qualÂitĂ© de l’écriture.
